Thierry Foubert, thanatopracteur : sans soins pour les défunts, « les familles ne s’en remettront pas »
Depuis qu’il est petit, Thierry Foubert est intrigué par la mort. A 8 ans, ses vacances d’été sont marquées par un rituel : « mes parents m’achetaient du formol – une solution liquide utilisée comme conservateur en anatomie – et je piquais les étoiles de mer échouées sur la plage ». Une envie de conserver, d’« embellir la mort ». Aujourd’hui il continue d’exercer la thanatopraxie, en étant thanatopracteur, cette profession qui consiste à prendre soin des corps des défunts, un métier qu’il exerce depuis plus de 20 ans. Son métier ou plutôt « sa passion » comme il aime le répéter, Thierry l’enseigne à la fac quand il n’est pas dans son entreprise en Mayenne. Chaque jour, avec son équipe, il passe une heure et demie par défunt à effectuer les soins de conservation et la toilette mortuaire : « on ferme les yeux pour la dernière fois, on peut aussi les maquiller un peu » explique-t-il.
Le coronavirus est loin de faire les beaux jours des thanatopracteurs. Depuis le 2 avril, un décret interdit aux thanatopracteurs d’exercer le moindre soin aux morts – virus ou pas. Seule la toilette est autorisée. Et la profession s’inquiète pour son avenir « j’ai déjà dû demander à 5 employés de poser des vacances » se plaint Thierry, tellement les journées sont longues et vides. « Les sépultures sont faites à la va-vite, c’est terrible » décrit-il. Mais surtout, cette situation “incompréhensible” pour Thierry, « c’est une véritable bombe à retardement ».
S’il conçoit l’interdiction d’exercer son métier sur les cas décédés du virus, il ne comprend pas l’application de cette règle pour les autres défunts : « j’ai un collègue qui m’a appelé l’autre jour : un garçon de 6 ans était mort d’un accident de voiture. Il ne pouvait faire aucun soin. Il en avait mal au cœur … ». En effet, si le soin pour le défunt est optionnel pour les familles, près de 90% y ont recours dans le département où exerce Thierry « C’est vraiment important pour les proches, de voir une dernière fois, de la meilleure des manières la personne décédée, c’est une étape pour faire son deuil » insiste-il. Des sépultures faites à la hâte, avec seulement 20 personnes ça va être une catastrophe pour l’après » affirme Thierry, « certaines familles ne vont jamais s’en remettre ».
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