Baptiste Chaboud – Président Directeur Général, Becton Dickinson

Bonjour et merci d’avoir accepté cet entretien pour parler de deux environnements phares de la santé, l’industrie pharmaceutique et le dispositif médical. Dans un premier temps, pourriez-vous svp vous présenter ainsi que votre parcours ?

Bonjour, je suis Baptiste Chaboud, Président Directeur Général de Becton Dickinson en France. Il s’agit d’une société leader de la Medtech qui fait un peu plus d’1,4 milliards de chiffre d’affaires à l’échelle nationale avec 2600 collaborateurs.

Je suis pharmacien de formation ; j’ai fait mes études à Grenoble avant de poursuivre à l’ESSEC, Paris. J’ai travaillé pendant plus de dix ans dans l’industrie pharmaceutique, chez Teva puis Sandoz sur des fonctions commerciales – directeur grands comptes, directeur des ventes, etc. J’ai ensuite rejoint l’industrie de la Medtech chez Becton Dickinson au moment du Covid pour reprendre l’unité du diabète. J’ai dirigé cette BU durant trois ans, pour modifier l’approche commerciale avec un modèle hybride touchant la prescription auprès des endocrinologues/diabétologues couplée, la dispensation en officine  pour une approche parcours patient dans sa globalité et une meilleure prise en charge et observance pour ensuite la « spinner » (rendre indépendante), au niveau de la France et des pays d’Afrique du Nord.

Suite à cette expérience, j’ai rejoint Danone pour la branche Nutrition Spécialisée à la tête de 3 forces de vente, une couvrant les pharmacies d’officines, une autre hospitalière et une dédiée aux prestataires de santé à domicile (PSAD) en tant que Directeur Commercial Santé, avant de réintégrer Becton Dickinson pour prendre la division Diagnostic (microbiologie, biologie moléculaire et pré-analytique) ; depuis un an, je préside BD France.

Vous avez eu dans votre carrière l’opportunité de travailler dans ces deux secteurs de la santé ; créer un pont entre les deux, est-ce si simple ?

Cela ne l’est pas ; ce n’est pas un changement naturel car à l’échelle du marché, on observe que la pharmaceutique et la Medtech sont deux petits mondes distincts évoluant pourtant dans le même univers. Et entre les deux, je dirais qu’il y a effectivement peu de ponts. Il est par ailleurs rare de trouver des profils qui ont travaillé dans ces deux secteurs ; pour autant, je dirais qu’il y a un point commun assez simple à trouver : le patient !

Il est intéressant de se pencher plus précisément sur ce que font ces deux secteurs. Le médicament, lui, soigne, et peut parfois faire du préventif, comme avec les vaccins ; avec les Medtech, on diagnostique, on traite, on soigne. C’est un point important car sans ces derniers, on ne peut pas traiter. Près de 70% des patients pris en charge à l’hôpital y sont présents grâce à un diagnostic et donc via les devices. Il y a aussi beaucoup de médicaments qui s’administrent par le biais de ces derniers (vaccins, chimiothérapie, antibiothérapie, et très souvent les nouvelles thérapies innovantes).

Le lien de fond réside donc dans la prise en charge des patients. Il y a bien entendu également des différences notoires. Par exemple, le médicament a une approche très structurée tant sur la structure, que les outils et les moyens. Cela s’expliquant avec un secteur plus concentré, des chiffres d’affaires souvent plus conséquents, de marges et donc de moyens (études cliniques, Market Access, etc.) et des produits en général plus rentables que ceux de la Medtech. Sur cet aspect, les deux secteurs diffèrent, et je dirais que les personnes issues du médicament peuvent de ce fait apporter beaucoup au DM dans leur structuration, leur approche chiffrée, ou encore le commercial excellence. A l’inverse, la Medtech peut aussi nourrir la pharma sur sa connaissance poussée de la prise en charge du patient, sa proximité accrue avec les professionnels de santé mais aussi sa grande capacité de transformation du système de santé, car le dispositif médical accompagne les pratiques, les protocoles, les prises en charge des patients au bloc comme dans l’ensemble des différents services ou PDS.

Selon vous, les compétences nécessaires à l’un sont-elles transposables dans l’autre ? Comment peuvent-elles s’articuler sur le terrain, et se servir mutuellement ?

Dans les deux cas, il y a un point très important pourtant souvent négligé, qui est l’humilité ! En effet, dans un sens ou dans l’autre, il faut rester humble et flexible. Certes, on travaille dans les mêmes secteurs, mais chaque entreprise à sa façon de faire, sa culture, ses règles et ses exigences, et il est important de rester en accord avec cet écosystème.

Pour refaire le lien, je vous parlais juste avant de notre passion commune, le patient, ainsi que l’impact qu’on a sur les soignants, sur le système de santé ; en ce sens, je pense qu’on peut assez facilement travailler dans un univers comme dans l’autre.

Je suis persuadé qu’aujourd’hui, sur des postes de management, on peut opérer ce changement. Le leader n’est pas un expert ; il est là pour embarquer les équipes, avoir une vision globale, définir une stratégie en aidant les équipes à lever les obstacles et bien comprendre l’impact positif de la stratégie sur l’écosystème. De ce fait, je pense que les compétences nécessaires qui peuvent servir les deux terrains de jeux relèvent principalement des softskills. C’est un peu différent pour les experts, qui bien sûr ont des savoirs propres à chaque domaine et sont un peu moins pertinents sur cette question. Pour autant, certains métiers plus spécifiques, comme les MSL, peuvent se retrouver similairement dans le dispositif médical, avec des PDS qui accompagnent, qui mettent en place des études médico-économiques, etc. Il en va de même pour le Market Access qui se retrouve dans les deux secteurs, mais aussi le marketing ou encore la vente. Je ne suis pas sûr qu’il y ait véritablement de métiers qui ne soient pas interchangeables, à partir du moment où il y a une formation et une envie d’agir auprès des PDS en faveur des patients et de la soutenabilité de notre système de santé.

Quels conseils donneriez-vous à une personne qui souhaiterait passer de l’un à l’autre ?

Il ne faut pas se mettre de barrières. C’est aujourd’hui un changement qui est possible et d’ailleurs, on le voit dans certains groupes, qui ont à la fois une branche pharmaceutique et du device. Je dirais qu’il faut surtout garder en tête le point clé qu’est le patient, mais également l’impact sur le système de santé. Tout est connecté, et ces deux secteurs notamment vont de pair. Le secteur de la santé ne peut pas faire sans l’un ou l’autre, c’est un beau duo ! Et il en va donc de même avec les personnes : une expérience dans l’un des secteurs sera forcément bénéfique pour l’autre. Et une dernière chose : les collaborateurs passionnés par leur métier et leur environnement sortent toujours du lot, car ils sont authentiques et souvent humbles.

Peut-on tout faire dans la santé quand on a expérimenté ces deux secteurs ?

Je ne saurais pas trop quoi vous répondre ! Mais ce que je peux dire, c’est que cela donne une connaissance de l’environnement beaucoup plus large et aujourd’hui, c’est très important pour une raison particulière : le système de santé n’est plus soutenable. Le niveau de dette y est énorme et la soutenabilité de notre système de santé pour les générations à venir doit passer par une transformation majeure de ce dernier : éviter le gaspillage, la sur-prescription, les mésusages ; les infections et erreurs associées aux soins, les erreurs diagnostiques… Avoir cette vision globale sur le parcours de soin sera sûrement beaucoup plus intéressant pour accompagner ces changements nécessaires. Ces derniers ne pourront pas se faire si tout le monde reste isolé dans son périmètre. Cette transformation doit se faire à grande échelle et de façon collective : politiques, institutions, acteurs privés et publics, PDS et industriels de la pharma et des Medtech. Tout le monde est concerné.

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