Le »covidien » de D. – Gendarme

D., Gendarme : « Il faut montrer du bleu dans les rues »

Un covidien qui restera masqué, pour préserver sa parole rare : celle de gendarme.  D. est sous-officier de la gendarmerie dans le sud de la France. Avec ses collègues, ils interviennent sur sept communes rurales, « ici les gens nous connaissent, c’est très différent de Paris » explique D. Avant que la crise sanitaire ne pointe le bout de son nez, sa brigade et lui partageaient leur temps entre la « prévention » et la partie police de la route et judiciaire : « accident de voiture, cambriolage, vol, etc. ». 

Comme la majorité des Français, D. est devant sa télévision quand il apprend le confinement. « Nous n’étions pas du tout inquiets, être gendarme c’est avoir l’habitude d’être polyvalent dans n’importe quelle situation et s’adapter au quotidien ». Et pourtant, la vie de sa brigade se complique le mois dernier. Près de la moitié des gendarmes ou leurs familles directes sont touchés par le Covid-19 ou des suspicions (au début de l’épidémie, le dépistage n’étant pas d’actualité). Une baisse d’effectif compliquée à gérer : « notre hiérarchie a demandé aux personnels se trouvant en école de gendarmerie et domiciliés à proximité de notre unité de venir nous aider, ils vont rester jusqu’à septembre ». D. a aussi été malade. Aujourd’hui il est guéri, mais il l’avoue : « tu mets du temps à récupérer tes capacités physiques, c’est comme si tu venais de terminer un marathon ». Désormais, plus que deux de ses collègues sont en quarantaine. 

Le quotidien de D. s’est amplifié. Chaque matin les directives peuvent changer : « tous les jours à 8h30, le bureau du préfet, le cabinet de police et le parquet se réunissent et ils nous donnent la ligne de conduite à suivre ». Et depuis 8 semaines, les patrouilles ont pris de l’envergure.

Chaque jour, les képis tournent dans les communes, « ce sont les ordres, il faut montrer du bleu, de la présence régulière, occuper le terrain, c’est dissuasif ». Au début pourtant, avec le principe d’attestation, eux aussi sont dans le flou : « on ne savait pas si on devait verbaliser tout de suite ceux qui n’avaient pas d’attestation ou si nous devions faire de la prévention auprès de la population ». Ils décident pendant deux à trois jours de ne pas verbaliser, « mais au bout d’un moment tu le fais parce que tu vois toujours les mêmes sans attestation et que la répression est faite pour le bien de tous ». La brigade est aussi confrontée aux corbeaux « ce matin encore on a reçu une lettre anonyme pour dénoncer un véhicule immatriculé dans un autre pays de l’Europe, donc potentiellement le non respect des distanciations sociales ». Mais pas le temps de vérifier pour l’instant, les gendarmes ont beaucoup à faire. À commencer par les « VIF », les violences intrafamiliales. « On met beaucoup plus de gens en garde à vue pour ces faits là que d’habitude… » confie-t-il. Des violences « amplifiées » selon lui par le confinement. L’autre activité qui s’est multipliée c’est « la découverte des cadavres, car en plus des décès habituel, l’aide des gendarmes est demandée lors de découverte de personnes décédées de morts dites naturelles ». La procédure pour vérifier la présence du virus est devenue quasiment systématique. Autre dossier à gérer : le vol et la revente des masques de protection. « On a retrouvé quelqu’un qui vendait des masques sur Le Bon Coin, on va lui rendre visite prochainement… » prévient le gendarme. Des comportements « loin d’être surprenants quand on fait ce métier ».

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